Directeur des Services Psychosociaux GRAHAM FAWCETT présente trois manières différentes de comprendre notre santé mentale durant ces temps difficiles. Pourquoi se sent-on tellement anxieux ? Et qu’est ce qu’on peut faire ?

 

Les trois « I »

Au cours des séances de counselling, les gens nous expriment qu’ils souffrent de l'anxiété dans des situations vécues comme imprévisibles, incontrôlables ou incertains.

Ces trois facteurs correspondent à la réalité d’une pandémie, où toute assurance que « tout ira bien » semble creuse.

A ce moment, le counselling ne devient plus une méthode TCC pour renouveler sa perspective ni une approche centrée sur la personne, mais vise plutôt à aider nos clients à retrouver un sentiment de prévisibilité, de contrôle ou de certitude.

Pour y parvenir, nous les encourageons à gérer les aspects de leur vie quotidienne : établir une routine, nettoyer, faire de l’exercice d’une nouvelle façon ou réduire la consommation de l’actualité.

Aucune de ces idées n’est une solution, mais prises ensemble avec tant d’autres, elles aident à calmer notre anxiété générale.

 

Une réaction de deuil modifiée

Il y a des preuves irréfutables qu’il y a plusieurs phases de réaction à la propagation du virus. Ces étapes suivent un modèle de deuil : le déni, la panique, la colère, la tristesse, le marchandage, l’acceptation et la recherche de sens...Ces choses se produisent dans n’importe quel ordre ou en même temps et elles peuvent survenir en vagues. 

En général, on peut voir toutes ces réactions au niveau de la population. Par exemple, il y a seulement quelques semaines, on savait que le virus allait se propager mais on poursuivait ses activités habituelles (le déni). Ensuite, c’était comme si on avait appuyé sur un interrupteur collectif et tout d’un coup, en masse, on s’est mis à faire des achats de panique. Ce comportement est souvent irrationnel (il y a assez de tout pour tout le monde mais non en une seule fois) mais on cherche à rétablir un sentiment de contrôle et de certitude. 

Ensuite le deuil s’installe, ce qui peut se manifester par la colère ou la tristesse, souvent selon sa personnalité : la colère envers l’incapacité de faire des choses ou la tristesse pour les activités qui ne sont plus disponibles. Curieusement, le simple fait de regarder la télévision ne fait que renforcer ces sentiments par exemple la plupart des émissions concernent les gens qui se sont en contact avec les autres et cela nous rappelle ce qu’on a perdu.

On marchande et négocie avec le monde qui nous entoure - « Ce sera seulement pour quelques semaines, ça va pour mes vacances probablement, je suis en sécurité. » Là encore, ceci aborde l’idée des trois « I » - On veut que la vie soit prévisible dans le sens favorable du terme et que nos projets se réalisent. 

L’acceptation commence à émerger aussi - « C’est comme ça, on s’adapte, faisons au mieux ! » ; « Ça me permet de lire plus et de regarder plus souvent la télé, de faire un grand ménage du garage ou du grenier (ou les deux !), de revoir des amis sur les réseaux sociaux. »

La recherche de sens émerge une fois que la crise disparait- « C’était quoi ça ?! », « J’étais qui je croyais ? », ‘Le monde est-il tel que je le pensais ?’

FRENCH CURVE COVID-19

La perte de confiance épistémique

Les psychologues Fonagy et Allison ont récemment publié un oeuvre spéculatif sur le développement de la confiance envers le monde qui nous entoure pour nous aider à comprendre comment fonctionne la psychothérapie. Cependant, le concept trouve un écho dans notre expérience actuelle, ou nos idées de lieux sûrs généralement acceptées (« J’irai au bar ce soir », « il y aura des aliments dans les magasins la semaine prochaine », « Je peux organiser mes vacances », « les politiciens et les experts n’influencent guère ma vie », « Je vais au travail et je reviendrai plus tard ») sont compromises. Cette détérioration de confiance épistémique nous place devant un dilemme d’incertitude et de vigilance augmentée.

Cela se voit dans des lieux publics, où on voit les personnes qui se croisent, et qui avaient les habitudes sociales et courtoises, s'éviter exprès et le concept de « faire des courses » ou même simplement le mot « dehors » devient dangereux. La contamination potentielle devient une menace de plus en plus préoccupante. Toute notre environnement de contact social et d’espace physique devient un danger potentiel. 

La menace est réelle et on ne peut pas l'atténuer par un changement de perspective mais cette méthode aura plutôt probablement un impact positif : Aider les gens à identifier ce qui est en train de se passer (un modèle mental comme le deuil ou le choc), chercher des sources fiables d’informations et apprendre de nouvelles stratégies d'adaptation. 

 

Les solutions possible:

  • Réduire l’impact des trois « I » - Faire son environnement immédiat un peu plus prévisible, contrôlable et certain. Boire un coup avec des amis sur Skype, faire une soirée quiz en ligne, suivre un cours en ligne avec des amis.
  • Reconnaître les phases de nos réponses (quelle est la phase par laquelle nous passons ?) et comprendre un peu mieux nos comportements, nos pensées et nos sentiments. 
  • Reconnaître la nature profonde de la pandémie et sa capacité de rendre nos expériences du monde incertaines, cette pandémie qui nous a amené à remettre en question ces expériences. Chercher des manières de comprendre cette chose et de rendre notre monde immédiat moins menaçant. 

 

Tous ces petits changements peuvent nous aider, aider nos collègues et nos patients à se sentir beaucoup mieux.